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13/11/2017

Lettre à un ami pour son anniversaire...

« Les hystéries du monde m’intéressent de moins en moins. Et parmi celles-ci, les conventions sociales et autres 14 juillet, communions solennelles, bar mitsvah, mariages, réveillons-cotillons, départs en retraite et... anniversaires. Ne sachant plus quel âge je pourrais bien avoir – par désintérêt pour la question – je considère a priori que ceux que j’aime n’ont pas d’âge eux non plus. Ils sont malgré tout toujours assez vieux pour faire un mort (comme l’avait judicieusement remarqué ce diable de Heidegger), et force est de constater que seule la mort de ceux qu’on aime est une véritable tragédie. Et comme aux dernières nouvelles tu te portes bien, je ne peux que te souhaiter d’être heureux, insolence suprême dans un monde où ce sont des médiocres qui fixent les règles. Mais méfie-toi, car les philistins, les puritains à la petite semaine et autres hygiénistes, en ce siècle où la reptation est à l’honneur, ne te le pardonneront pas. Car ces imposteurs malheureux n’aiment pas le bonheur des autres.

 

« Je te souhaite de passer quatre-vingts années de vacance (la vacance) sur cette terre – voire plus si tu le souhaites… –, de savoir prendre le maquis de leurs conventions et de leurs désillusions, de rêver, d’espérer et d’aimer passionnément, de devenir un Peau-Rouge de la chair, un gourmet de l’âme, un jouisseur à la fois subtil et farouche, un découvreur d’extases, de toujours regarder le monde comme s’il avait été créé le matin même, de vivre aux aguets dans un état de permanente ivresse, d’aimer ce qui commence et d’accepter ce qui finit, d’être toujours prêt à emmener une femme au bout du monde, même (et surtout) si c’est le bistrot du coin, de rechercher partout la beauté qui vaut toutes les morales, et de considérer que tout ce qui ne nous passionne pas nous ennuie.

« Tu sais que dans cette solitude-là nous sommes déjà frères, quels que soient nos âges. Léo Ferré disait que “la felicita é una rapina permanente” (le bonheur est un hold-up permanent). Tu possèdes les armes et le courage des impatients. Je te souhaiterais bien d’être heureux, mais je sais que c’est déjà fait. »

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